Enquête publique : Cité de la Gastronomie

 Pour répondre à l'enquête publique, nous avons déposé notre contribution le lundi 25 juillet 2016 à 11 h 45 aux commissaires enquêteurs. Nous tenions à remercier toutes les personnes pour leur aide et leurs contributions à notre réflexion.

Vous trouverez ci-dessous l'intégralité de cette lettre :

                                                                         Dijon, le  23 juillet  2016

Monsieur le Commissaire Enquêteur,

En tant qu’élus dijonnais, nous avons soutenu le projet de la création d’une Cité de la Gastronomie à Dijon. Mais depuis la première présentation, devant aboutir à la création d’une seule cité de la gastronomie en France, les données ont changé. Dijon ne postule plus pour être la Cité de la Gastronomie de France, mais pour être une des 4 ou 5 cités de la gastronomie retenues au niveau national. Bien que nous soutenions le projet d’une cité de la gastronomie à Dijon, les données ont sensiblement été bouleversées par la décision du gouvernement de créer en France plusieurs cités de la gastronomie. Nous pensons que la création d’une seule cité à Dijon était un élément différentiant, permettant la mise en valeur de notre patrimoine architectural et culinaire, de nos terroirs et du point kilomètre zéro de nos vins mondialement reconnus et de nos Climats. Cette possible attractivité touristique constitue un enjeu économique important pour notre ville.

La décision du gouvernement de segmenter en plusieurs cités le projet modifie substantiellement la portée attractive de la cité et par conséquent modifie les retombées économiques attendues. C’est pour cette raison que nous pensons qu’il est nécessaire de redimensionner le projet objet de cette enquête.

Cette nouvelle donne n’a pas échappé au maire de Dijon, qui a sensiblement modifié le projet présenté aux élus en 2013 et qui devait voir le jour en 2016. En effet, la volonté d’intégrer dans le projet un multiplexe cinématographique, pour assurer la fréquentation et l’équilibre économique du projet, en est un des exemples les plus significatifs.

C’est pourquoi, nous, élus UDI de Dijon et de la Côte d’Or, souhaitons vous faire part de nos plus vives réserves quant à ce projet dans sa forme actuelle.

Contexte :

Nous sommes bien conscients des enjeux liés à la taille de la ville, qui souhaite être une capitale régionale indiscutable et devenir rapidement une métropole. Mais cette course aux habitants pour atteindre la taille critique doit se faire en préservant l’harmonie de la ville et les équilibres des quartiers. Or, pour arriver à cet objectif, la ville s’appuie sur un PLU permettant une densification urbaine parmi les plus importantes de France. Ce qui fait que le projet tel que présenté s’apparente plus à une opération de promotion immobilière, qu’à un projet culturel privilégiant une cité de la gastronomie. Le trouble qui règne sur le choix de l’opérateur en est la parfaite illustration.

En préambule :

Nous pensons que le projet de Cité de la Gastronomie doit être le centre du projet. Or aujourd’hui, c’est le projet immobilier qui semble être le cœur du projet avec une densification extrême, des immeubles de 7 étages, un faible nombre de places de stationnement, des espaces vert réduits au minimum et une clause suspensive de création d’un multiplexe cinématographique. La création de la Cité semble être considérée plus comme un coût réduisant la rentabilité du projet pour l’opérateur Eiffage, que comme la priorité de l’opération. Ainsi nous vous faisons part de toutes nos réserves quant à la rentabilité dudit projet de cité, à la façon dont celui-ci a été mené  et aux conditions d'attribution discutables à un opérateur privé.

Et il faut également évoquer les plus de 30 M€  d'argent public déjà fléchés dans un projet qui à l’origine ne devait rien coûter au contribuable, avec un retour en terme d'investissement  pour les entreprises dijonnaises et une création d'emplois très hypothétiques…, non sérieusement évalués, aucune étude n’étant jointe.

Nos réserves et nos interrogations :

. Notre première réserve/interrogation porte sur le lieu en lui-même. Les extraits de plan, Ville de Dijon  annexés, situent l’Hôpital Général et son environnement urbain. Nous distinguons les différents bras et biefs de l’Ouche qui ont été progressivement rectifiés ou supprimés au cours des opérations de rénovation urbaine. Le bras Nord de l’Ouche coulant le long du Bastion de Guise (Monument Historique) a été entièrement canalisé.

Sur les plans sont indiqués avec précision les jardins et parcs d’agrément complétant le tènement des biens de l’hôpital. A partir des années 1920, ils ont été utilisés pour la construction de nouveaux bâtiments hospitaliers et de la piste des hélicoptères. Toutes ces surfaces anciennement cultivées ou arborées sont maintenant affectées à la construction d’immeubles d’habitation. En conséquence, les risques d’inondations ne sont pas négligeables. En 2014 des inondations ont causé de gros dégâts dans l’hôpital et l'eau avait envahi une partie du site. L'étude d'impact ne mentionne pas de travaux significatifs donnant la certitude d’une sécurisation suffisante de ce périmètre.

. Notre deuxième réserve/interrogation porte sur la densification urbaine avec la construction de plus de 860 logements (Bat A à L) sur un des anciens espaces vierges de l'agglomération (voir ci-dessus). Ne serait-il pas judicieux de préserver ce lieu ? De le transformer en espace à prédominante verte ? Et d'éviter de bétonner toujours plus avec les conséquences que l'on imagine en termes de ruissellement d'eaux pluviales comme nous l'avons évoqué  dans le premier point. Risque d’autant plus important quand nous observons le nombre d’arbres qui seront supprimés dans cette partie du site.

. Notre troisième réserve/interrogation porte sur l'aggravation  de la pollution de l'air.  Le projet prévoit entre 500 000 et 1 M de visiteurs par an, auxquels il faut ajouter les 2460 occupants envisagés des logements construits sur le site. Nous avons des inquiétudes sur la qualité de l'air qui risque encore de se dégrader avec tous les déplacements prévisibles.

. Notre quatrième réserve/interrogation porte sur les espaces de stationnement. Avec plus de 2460 habitants en intra site de la cité de la gastronomie et avec un PLU qui oblige seulement à 1 place de parking par logement accession, à 0,5 place par logement locatif sociaux, à 0,3 place par logement résidences gérées, nous craignons une saturation rapide du site à l’image de l’ancien site Fournier rue Petitot quartier Jouvence. A cela s’ajoute le million de visiteurs an en extra. Nous comprenons dès lors pourquoi le projet de  Cité de la Gastronomie annonce la création d’un parking en élévation dit « silo » sous l’autorité de la Communauté Urbaine du Grand Dijon.

Ainsi la Société EIFFAGE va faire porter ce parking « silo » par le Grand Dijon, opération totalement en dehors de la réalisation de la Cité de la Gastronomie. Donc non soumis à l’Enquête Publique en cours, sous le couvert que le parking ne sera pas exclusivement utilisé par les personnes venant à la Cité de la Gastronomie.

Ce parking ne coûtera pas un seul euro à la Société EIFFAGE. La construction (7,5M€) sera entièrement à la charge du contribuable du Grand Dijon, maîtrise d’œuvre et financement.

. Notre cinquième réserve/interrogation porte sur les bâtiments devant accueillir la Cité de la Gastronomie. Nous sommes en présence d’un lieu chargé d'histoire. Nous avons des bâtiments classés ou inscrits. Or tous les Monuments Historiques (M.H) disposent d’un périmètre de protection à l’intérieur duquel tout doit être fait pour éviter des constructions nuisibles à la vue et à la préservation des lieux protégés. Hélas, ces périmètres ne sont pas toujours respectés. Curieusement nous ne trouvons nulle part l'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF). A-t-il effectivement était consulté ? Pourtant, avec une chapelle considérée comme un joyau architectural, son avis nous semble indispensable. Il en va de même des collections de l'ancienne apothicairerie et des boiseries démontées  dont nous ignorons le sort malgré leur valeur historique et artistique certaine. Nous soutenons la préservation de la Chapelle et le retour de l’apothicairerie. Leur valorisation étant un élément complémentaire de l’attractivité du site, en diversifiant l’offre pour les touristes.

. Notre sixième réserve/interrogation porte sur le choix de la société Eiffage en tant qu’aménageur du site et de maîtrise des projets. Le choix d’une société nationale n’est pas de nature à garantir les carnets de commandes de nos entreprises locales de BTP. En effet cette société n’est nullement engagée à notre connaissance sur un volume de travaux sous-traités par les entreprises locales. Ce qui semble envisagé, est que cette société nationale procèdera ultérieurement à l’attribution « à la découpe » de lots de terrains viabilisés, garantissant les marges de ladite société. Tout ceci nous interroge sur le fait que l’aspect historique des lieux ne serait en réalité que le faire-valoir d’une importante opération immobilière destinée à valoriser l’investissement réalisé par cette Société. En termes d’emploi et de retombées économiques, nous aurions une large préférence pour le choix d’un opérateur ou d’un groupement d’opérateurs locaux.

. Notre septième réserve/interrogation porte sur le multiplexe cinématographique. Ce multiplexe cinématographique est attendu comme « locomotive » pour booster la fréquentation. Mais problème, Dijon étant en saturation au niveau de l’offre cinématographique (40 pour mille), il faut pour habiller Pierre (la Cité) déshabiller Paul (le centre-ville). C’était sans tenir compte de l’avis des principaux intéressés : les habitants, mais aussi la propriétaire et exploitante des salles de centre-ville. Résultat : de nombreux habitants ont signé la pétition « Sauvons nos Cinés ». La propriétaire des cinémas DARCY  et Olympia a fait savoir son opposition au projet à de nombreuses reprises dans la presse, y compris en signant la pétition demandant le maintien des cinémas en centre-ville. Pour préserver l’activité et la fréquentation du centre-ville, nous sommes totalement opposés au transfert des cinémas Darcy et Olympia vers la cité de la Gastronomie.

Néanmoins l’idée d’un complexe cinématographique spécialisé en Art & d’Essai, peut être une idée intéressante. Nous proposons de soumettre l’idée au cinéma l’Eldorado et au cinéma Devosge. En effet le cinéma l’Eldorado (110.000 entrées par an) est excentré par rapport au centre-ville et sa nouvelle localisation devrait lui permettre de régler le manque de fréquentation qu’il connaît depuis maintenant un certain nombre d’années. Le cinéma Devosge trouverait lui aussi la possibilité d’une meilleure visibilité et l’occasion pour lui d’une modernisation qui semble nécessaire à moyen terme. Le seul frein à ces transferts pourrait venir du tarif demandé par Eiffage au cinéma pour leur installation au cœur de la Cité de la Gastronomie. Selon les chiffres qui circulent cela avoisinerait les 4 à 8 M€ par cinéma.

. Notre huitième réserve/interrogation porte sur l’activité du centre-ville. Le commerce centre-ville de Dijon doit non seulement faire face au contexte économique national et international difficile, il a aussi souffert pendant plusieurs années des travaux du tramway, il souffre toujours d’un manque évident d’accessibilité et du nouveau plan de circulation des bus. Il subit de plus la forte concurrence due à l’extension de la Toison d’Or décidée pendant la construction du tram. Il suffit de se promener au centre-ville pour voir se multiplier les locaux commerciaux vacants et de constater l’augmentation des incivilités. En conséquence le projet soumis à l’enquête publique avec son complexe cinématographique apporterait une concurrence terrible pour le commerce du centre-ville. D’autant que le dossier d’étude d’impact joint à l’enquête, ne comporte que quelques lignes sur le pôle cinématographique. C’est d’autant plus surprenant que pour Eiffage c’est un point important du projet, il y a même une condition suspensive dans le contrat de vente de la ville à Eiffage.

En vous remerciant de l’attention que vous prendrez à nos réserves/interrogations, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Commissaire Enquêteur, en l’assurance de notre considération très distinguée.

                 Franck AYACHE                                Ludovic BONNOT

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1 comment

  1. menne chevalier 7 août 2016 at 13 h 17 min Reply

    Cet Hôpital doit redevenir un lieu de Soins Qui veut et peut se faire soigner au Bocage ou à Valmy?

     

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