Reprise de l’activité bancaire du Crédit Municipal de Dijon par Lyon et Bordeaux

Le crédit municipal de Dijon vit le jour en 1822. Il s’est développé au fil des années au point d’étendre son activité bien au-delà de la Côte d’Or. C’est ainsi que l’on trouve des agences à Auxerre, Orléans, Clermont-Ferrand, Nevers, Macon, Belfort, Besançon, Bourges et j’en oublie peut-être. Depuis sa création l’activité du Crédit Municipal de Dijon lui a permis d’accumuler 66 M d’euros de fonds propres tout en contribuant très largement et de manière généreuse aux dotations du CCAS de la ville de Dijon. Matérialisant par là même sa vocation sociale qui lui a toujours été assignée.

Avant 2001 le Crédit Municipal de Dijon se portait bien et versait entre 90 et 95 % de son résultat au CCAS de la ville de Dijon. Les sommes versées se comptaient en millions d’euros chaque année, soulageant d’autant les finances de la ville.

Depuis 2001, la situation de Crédit Municipal de Dijon, n’a cessé de se détériorer, doucement au début, et beaucoup plus rapidement à partir de 2006. Et pour cause !  Pourquoi en effet s’intéresser au Crédit Municipal, quand il génère chaque année des résultats conséquents. La municipalité actuelle et son maire, François REBSAMEN, sont tombés dans le piège des fonds propres placés conjugués avec des taux d’intérêts suffisants à l’époque pour générer des bénéfices conséquents. Cette ressource importante de revenus leur a masqué la dégradation lente mais continue de l’activité bancaire du Crédit Municipal. Pourtant averti par son opposition sur le besoin d’investir dans cet établissement social de crédit le maire n'a rien fait. Nous avions vu que les ratios se dégradaient et qu’il était impératif de moderniser le Crédit Municipal de Dijon. Comment attirer de nouveaux clients et surtout les jeunes quand l’outil informatique est devenu  un outil basique et qu’au Crédit municipal de Dijon, il est impossible de faire ne serait-ce qu’un virement par internet ?

Avec le Crédit Municipal le maire de Dijon n’a pas préparé l’avenir : il y a eu de sa part, ni volonté de modernisation de  l’outil, ni volonté de mettre en place une stratégie de Gestion Préventive des Emplois et Compétences (dite GPEC) adéquate.

Fin 2008 la crise prend en France une nouvelle dimension, impliquant une faible croissance des dotations de l’état (inferieure à l’inflation), ainsi qu'une hausse des recettes fiscales inferieure aux prévisions, sous l’effet de la baisse de l’inflation et cela malgré une forte hausse des impôts locaux à Dijon. Fin 2008, la dette de Dijon culmine à 235 millions d’euros, sous l’effet des vastes projets entrepris et de la hausse continue des charges de fonctionnement de la ville. La charge de la dette de la ville augmente elle aussi, sous l’effet des emprunts structurés (toxiques) souscrits depuis 2006 par le maire de Dijon. Il faut donc trouver une solution. La municipalité socialiste a alors cherché à travers une filialisation de l’activité bancaire du Crédit Municipal à faire coup double. D’une part se débarrasser de cet établissement de crédit devenu un poids pour son maire (président) et récupérer (main basse sur) les importants fonds propres de cet établissement social de crédit.  A cette époque j’avais évalué les pénalités de remboursement anticipé des emprunts dit toxiques de la ville de Dijon comprises entre 25 et 30 Millions d’euros.

Mais, la mobilisation du personnel combinée  au retard technique de l’établissement n’a pas permis de trouver un  repreneur.

En 2010, en l’absence de repreneur le maire, sur la demande d’une partie du conseil d’orientation et de surveillance du Crédit Municipal de Dijon, décide, enfin de lancer un vaste plan de restructuration et de modernisation de la banque. Cette année-là, les résultats sont proches de zéro. Ils auraient pu être bien meilleurs, le maire s’obstinant à placer l’abondante  trésorerie sur des placements court terme peu rémunérateurs. C’est ainsi qu’il est décidé une réduction  drastique de 25 % des effectifs, la fermeture d'agences dont celle de la Fontaine d’Ouche, la relocalisation d’autres agences et la modernisation du système informatique pour le porter au niveau d’une banque moderne.

Au deuxième semestre 2012, alors que le plan de restructuration et de redéploiement approche de son terme, maintenant que la belle est devenue plus présentable, les repreneurs pointent le bout de leur nez. Les Crédit municipaux de Lyon et Bordeaux nous proposent de reprendre l’activité bancaire ainsi modernisée.

Le maire de Dijon accepte cette proposition par la signature d’un protocole de vente signé début janvier 2013, pour un transfert de l’activité prévu fin juin 2013. Mais les conséquences sociales touchant le personnel semblent bien plus délicates et coûteuses que prévu initialement. La migration informatique se révèle impossible en mars 2013 et est reportée à la cession de l’activité. Les conséquences financières semblent aussi avoir été sous-évaluées. En effet le provisionnement des risques doit être comptabilisé sur l’exercice 2012 avec comme conséquence une perte prévue d’environ 4,4 millions d’euros en 2012. Les investissements de restructuration ne pourront pas être amortis. Ils viendront en charge directe dans les comptes 2013. J’estime que si le projet de cession est mené à son terme, les pertes du crédit Municipal de Dijon se compteront en millions, voir en dizaines de millions d’euros en 2013.

Les finances de la ville de Dijon doivent être vraiment très dégradées pour sacrifier de la sorte notre Crédit Municipal. Car il ne faut pas oublier que tout ce gâchis résulte d'une volonté,  faire remonter 30 à 40 millions d’euros des fonds propres du Crédit Municipale de Dijon, dans les caisses du budget principal de la ville, et ceci, pour rembourser la dette toxique de Dijon avant qu'il ne soit trop tard pour nos finances.

Franck Ayache

Comments: 5

  1. Annick 30 mai 2013 at 11 h 26 min Reply

    Article concis et très précis qui nous tient informé de l’historique et nous alerte du devenir du Crédit Municipal de Dijon.

  2. Michel 31 mai 2013 at 10 h 16 min Reply

    Enfin de l’information sur l’état réel des finances dijonnaises que les médias locaux ne nous donnent pas. Bravo!

  3. Beautiful essay, got the satisfaction of studying

  4. franck 15 juillet 2013 at 19 h 46 min Reply

    Traduction du Commentaire :
    « Très bon article, j’ai eu la satisfaction de l’étudier. »

  5. Tuto bourse 17 septembre 2013 at 19 h 04 min Reply

    Un excellent moment passe avec vous, un enorme compliment bien pour cette bonne lecture.

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