TOXIQUE : Et si pour Dijon, c’était la faute des Suisses ?…

La question devient « urgentissime » ! : Sur les 45 M€ prélevés sur les fonds propres du Crédit Municipal, combien vont-ils être engloutis pour éradiquer la menace des emprunts toxiques de la ville de Dijon ? [1].

Cette question qui revient régulièrement dans nos articles – et que la majorité municipale veut à tout prix étouffer !…- est devenue brûlante le jeudi 15 janvier 2015 avec la hausse de 20 % du Franc Suisse (CHF). Ce jour là, un vent de panique a soufflé sur les marchés financiers quand la Banque Nationale Suisse (BNS) a décidé de ne plus soutenir l’euro et de laisser le cours de sa monnaie s’établir librement.

Les 3 emprunts classés F6  et dits « toxiques » de la ville de Dijon, sont au départ, pour quelques années (période dite de « bonification » qui dure en général de un à cinq ans) , « attractifs » (taux d’intérêt fixe faible), histoire de « ferrer » l’emprunteur….) Mais ensuite, (pour une durée de 10 à 30 ans…) les intérêts à payer sont fixés sur la base de formules « savantes »  basées sur les différentiels de change entre devises [2].

Le taux d’intérêt de ces emprunts très spéculatifs peut alors rester relativement avantageux si la parité entre les monnaies reste stable, comprise dans des limites prédéterminées par le contrat. Mais… il peut s’envoler quant au moins une des monnaies décroche ou s’envole. Ce qui fut le cas jeudi avec la hausse de 20 % du CHF par rapport à l’EUR. N’oublions pas la signification des termes F et 6 (classification Gissler) : F signifie que le multiplicateur du taux initial peut être supérieur à 5. Et le chiffre 6, suivant le F, signifie que l’emprunt est « ultra spéculatif ». Aujourd’hui, ces emprunts F 6 sont interdits en France pour les collectivités.

Pour que le multiplicateur soit déclenché, deux conditions cumulatives sont nécessaires. D’une part il faut que l’emprunt soit dans une période post « bonification »  et d’autre part il faut que les parités entre les monnaies dépassent les barrières de déclenchement stipulées dans le contrat.

Question : un des emprunts F6 de la ville de Dijon est-il aujourd’hui  concerné par la décision suisse? En regardant de plus près, nous pouvons constater que la situation est différente pour chacun  des emprunts toxiques contractés par  la ville de Dijon

1er Cas : Nous avons un emprunt classé F6 que nous appellerons pour faire simple : 3,8 + 20 % USD – Yen. Pour cet emprunt, hors Franc Suisse et hors Euro, nous ne franchissons pas le seuil de déclenchement du taux structuré. Le taux reste fixé à 3,8 % l’an.

2ème Cas : Nous avons un emprunt F6 que nous appellerons : 0,24 + 50 % USD-CHF. Pour cet emprunt, directement concerné par le CHF, le seuil de déclenchement est dépassé, son taux devrait être de 8,47 % au cours du fixing de vendredi  16 janvier soir, mais cet emprunt reste dans sa période de « bonification » avec un taux fixe à 0,24 % jusqu’en 2018. (Pour cet emprunt en période libre, la hausse de 0,01  Franc Suisse provoque une hausse de 0,50 % du taux payé par la collectivité.)

3ème Cas : Nous avons un emprunt F6 (référence d’origine : Dexia CLF 2009051/2009052) que nous appellerons : 3,15 + 28 % écart EUR-CHF-EUR-USD. Pour cet emprunt le seuil de déclenchement est dépassé : son taux est donc de 7,69 % au cours du fixing de vendredi  16 janvier soir. En effet cet emprunt est depuis 2013 dans sa période post-bonification[3] (sauf si la ville a payé pour le « désensibiliser » (ce que nous ignorons vu l’opacité de la gestion de cette affaire par la municipalité !). Selon sa formule de calcul une hausse de 0,01 CHF provoque une hausse du taux d’intérêt applicable de 0,28 %. Le taux d’intérêt annuel de cet emprunt est donc en principe passé de 3,15 % mercredi soir à 7,69 % vendredi.

On peut donc assez aisément comprendre, à travers ces exemples réels, les risques et les dangers que font peser les emprunts toxiques, contractés par F.REBSAMEN, sur l’équilibre des finances de la ville de Dijon : la variation d’un centime du Franc Suisse provoque la hausse de 0,28 % du taux d’intérêt pour un emprunt et de 0,50 % pour un autre. La variation brutale de jeudi a fait plus que doubler le taux d’intérêt d’un emprunt en 48 h (cas 3) et aurait multiplié par 35 le taux de l’emprunt du cas n° 2 si nous avions était en période libre.

Compte tenu de ce dernier évènement, la négociation de « désensibilisation » avec les banques va probablement devenir beaucoup plus compliquée. Et nous nous interrogeons sur le montant que devra débourser la ville de Dijon pour transformer les 3 emprunts  toxiques en emprunts classiques. Les 45 M€ ponctionnés à l’établissement social de crédit (Crédit Municipal) seront-ils suffisants ? L’opacité de la majorité municipale dans la gestion de ce dossier est  très inquiétante

Mais en réalité, une fois de plus, c’est probablement la faute des autres et dans le cas présent la faute des Suisses ?…

Franck Ayache

 


[1] voir notre précédent article : Dette toxique de Dijon : injection des fonds du  Crédit municipal pour « désensibiliser »….

 

 

[2] Les monnaies concernées sont l’euro (EUR), l’US dollar (USD), le yen (JPY) et le Franc Suisse (CHF).

 

 

[3] Avec application de la formule spéculative jusqu’en 2023 puis nouvelle formule jusqu’en 2034 (Euribor 12M+0,30%)

 

 

 

 

Tagged: , , , ,

1 comment

  1. Albert Leponctionne 18 janvier 2015 at 23 h 42 min Reply

    Nul doute que l'equipe de Rebsamen va nier, ergoter et déployer un écran de fumée! Passez! "Y-a rien a voir"! Franck Ayache est un charlot et la finance, il n'y connaît rien! Voulez-vous parier?….Mais un jour,la vérité finira bien par éclater.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *